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La démocratie locale, lieu de citoyenneté active

Enraciné dans une tradition familiale démocrate chrétienne, Michel Canévet, maire de Plonéour-Lanvern, y a puisé les ressources qui le guident aujourd’hui : donner du sens à son engagement, se mettre au service des habitants, particulièrement ceux qui sont le plus en difficulté, rechercher les avis, se départir d’un excès de certitudes. Il a accepté de répondre à nos questions concernant l’impact de la mondialisation sur la vie de sa commune et la façon dont le bien commun est pris en compte à l’échelle locale

Vous êtes élu d’une commune bretonne. Comment mesurez-vous l’impact des enjeux internationaux, notamment de la vague néolibérale, sur la vie de votre collectivité ?

Michel Canévet
Quand je suis devenu maire en 1992, l’un de mes premiers actes officiels fut de signer la charte de jumelage avec la commune de Llandibye, au Pays de Galles, aux racines celtes comme la Bretagne. J’ai délibérément placé mon mandat sous le signe de l’Europe. Au fronton de la mairie, le seul drapeau qui flotte est le drapeau européen. De bourg rural le siècle dernier, notre commune de 6 200 habitants est devenue une petite ville que l’on essaie d’ouvrir sur le monde. C’est pourquoi, depuis de nombreuses années, nous finançons le séjour de nos jeunes habitants à l’étranger, à travers le monde par une bourse mensuelle de 43 €. En décembre 2015, plusieurs jeunes sont venus témoigner de leur parcours à l’étranger devant les habitants intéressés.

Dans une commune ou l’agriculture, l’agro-alimentaire et le tourisme constituent les activités principales, l’ouverture au monde a modifié notre façon de vivre. L’agriculture est affrontée à une concurrence internationale qui entraîne, trop souvent une baisse des prix. Ces dernières années, ceux qui se sont installés en agriculture se sont plutôt tournés vers les circuits courts en maraîchage, fromages et produits d’origine céréalière : cela montre la cohabitation d’une agriculture capable d’approvisionner les industries agro-alimentaires de Bretagne mais pauvre en nombre d’actifs, avec des installations plutôt orientées sur le local.

L’ouverture sur le monde, on la connaît bien dans la mesure où le premier employeur de la commune, la conserverie Larzul, fait venir des langues de bœuf d’Argentine, pour commercialiser son produit phare sur lequel elle est leader national : la langue de bœuf sauce madère. Pour notre pays, l’excédent commercial issu des échanges agro-alimentaires permet à la France de réduire son déficit commercial extérieur, qui reste malgré tout autour de 50 milliards d’euros, et conduit à une crise de l’emploi.

Aujourd’hui, il est clair que la population se tourne de plus en plus vers l’international, parce ce que les loisirs ont offert des possibilités de découverte d’autres pays, à des tarifs attractifs pour les déplacements. Cela ouvre aussi, dans une région touristique comme la mienne, vers l’accueil de visiteurs étrangers, intéressés par la préservation de nombreux espaces naturels, des paysages attractifs et une identité culturelle forte, ancrée dans le terroir.

Comment cette nouvelle donne a-t-elle des conséquences sur l’engagement des citoyens et des élus ?

M. C.
Chacun est aujourd’hui plus attentif à ce qui se passe dans son environnement. Ainsi, un collectif d’aide aux populations migrantes s’est installé sur la commune, dans des locaux mis à leur disposition, où sont stockés de nombreux dons de la population locale en vêtements, vivres. Sur diverses thématiques, par exemple l’implantation d’antennes pour les relais téléphoniques, le traité commercial dit TAFTA, ou le déploiement des compteurs Linky et Gazpar, des collectifs de citoyens tentent de sensibiliser la population aux risques divers. C’est assez nouveau comme démarche : elle ne vient plus uniquement des pouvoirs publics, qui sont par ailleurs souvent considérés comme pas assez pro-actifs sur ces questions.

Dans quelle mesure, faut-il « réinventer » une démocratie participative locale et citoyenne ?

M. C.
Celle-ci se pratique régulièrement, par la présentation publique de projets collectifs, comme lors d’aménagements urbains, ou la construction de nouveaux équipements. Ainsi, nous organisons plus régulièrement des réunions ou rencontres avec la population sur différentes thématiques locales : avec les anciens en établissement par la présentation de diaporamas sur ce qui se passe dans la commune, par des évènements comme les cérémonies de vœux, de commémorations patriotiques, d’informations des nouveaux habitants, de recours à des sites internet interactifs. Elle se manifeste sur des enjeux de société, même dépassant les frontières françaises, comme je viens de l’évoquer.

Elle se traduit aussi par une vitalité associative forte, 2 à 3 nouvelles associations chaque année, pour en compter aujourd’hui près de 90, offrant le paradoxe d’activités multiples abordables à tous et, hélas, d’un engagement des adhérents limités : comme s’ils étaient avant tout des consommateurs d’activités, sans vouloir s’engager pour participer à la vie et diriger l’association. Or cette participation à la vie locale est indispensable, pour éviter le repli sur soi et des attitudes de simples consommateurs, pas assez acteurs de l’organisation de leurs loisirs. Dans ce sens, nous avons mis en place un conseil municipal des jeunes par exemple, élus dans des conditions analogues à l’officiel, ainsi que des visites en mairie et dans les institutions, des interventions auprès de groupes de jeunes. C’est par exemple par l’école que l’on a développé à partir des années 1990, la sensibilisation au tri sélectif des déchets. Ils ont appris les bons gestes à leurs parents.

Comment articuler l’individualisme voire le repli sur soi avec le souci du bien commun ?

M. C.
Nous vivons dans un monde paradoxal ou l’on ressent bien la tendance au repli sur soi, qu’il ne faut pas confondre avec la recherche d’autonomie, légitime, des individus. Pourtant, la vie en collectivité est ce qui caractérise, ou devrait caractériser, notre quotidien. Ainsi, on le voit bien en tant que maire avec les conflits de voisinage, qui figent les positions entre voisins jusqu’à l’hostilité réciproque. Et c’est vers le maire puis les tribunaux que l’on se retourne. Les jeunes veulent aussi leur autonomie, notamment en dé-cohabitant avec les parents. Dans notre politique de logement locatif public, nous sommes attentifs à permettre aux jeunes de disposer d’un logement, notamment lorsqu’arrive la vie en couple. C’est enfin de porter une priorité à l’école, en faisant en sorte que les moyens éducatifs soient suffisants.

Michel Canévet est maire de Plonéour-Lanvern (Finistère), sénateur UDI du Finistère et président de la communauté de communes du Haut-Pays Bigouden.

Propos recueillis par Robert Migliorini
Des jeunes s’engagent !

« (…) Et sans doute faut-il reconnaître que nos hommes politiques ne sont peut-être pas très différents de nous, et cherchent à satisfaire nos propres intérêts. Dans le siècle écoulé, des figures éminentes et discrètes comme Robert Schuman, Edmond Michelet et bien d’autres de sensibilités politiques différentes, ont montré toute la noblesse du service politique. Il faut aujourd’hui soutenir ceux qui sont prêts à s’engager dans cet esprit. A cet égard, le sérieux avec lequel un certain nombre de jeunes réfléchissent sur le sens du politique et se forment à l’engagement pour changer des choses en vue de l’intérêt général est un signe d’espérance dans ces temps de discrédit du politique. »

Dans un monde qui change, retrouver le sens du politique, chapitre I, Conseil permanent de la Conférence des évêques de France, Bayard

Nous avons de la chance de vivre dans ce pays !

« Allons-nous continuer à nous désoler, à nous opposer, à ne plus croire à nos capacités, mais aussi à ne plus voir tout ce qui, le plus souvent silencieusement, fait de manière bonne et heureuse la vie de ce pays : le travail bien fait, la disponibilité auprès de ceux qui souffrent, la vie de famille… ? Il y a beaucoup de richesse cachée dans les cœurs, et de l’espoir qui vient de l’action de beaucoup. Et pour nous chrétiens, il y a l’invincible espérance que nous donne le Christ d’une lumière qui l’emporte sur toutes les obscurités. »

Dans un monde qui change, retrouver le sens du politique, conclusion, Conseil permanent de la Conférence des évêques de France, Bayard

Dernier discours présidentiel de Barack Obama

« (…) Il revient à chacun d’entre nous d’être le gardien anxieux et jaloux de notre démocratie ; de prendre en charge la joyeuse tâche qui nous a été confiée, à savoir faire en sorte de sans cesse améliorer ce grand pays qui est le nôtre. Car au-delà de nos différences apparentes, nous partageons fièrement le même titre de Citoyen. Car au final, c’est ce qu’exige notre démocratie. Elle a besoin de vous. Pas seulement au moment des élections, pas seulement quand votre intérêt étroit est en jeu, mais tout au long de votre existence.
Si vous en avez assez de parler à des inconnus sur Internet, essayez de parler à quelqu’un dans la vie réelle. Si quelque chose a besoin d’être remis en état, lacez vos chaussures et tentez d’organiser les gens autour de vous. Si vous êtes déçu par vos élus, achetez un cahier, rassemblez des signatures et présentez-vous à la prochaine élection. Montrez-vous. Jetez-vous à l’eau. Persévérez. Parfois vous gagnerez. Parfois vous perdrez. Supposer chez les autres un réservoir de bonté peut être risqué, et il y aura des moments où le processus vous décevra. Mais pour ceux d’entre nous qui ont eu la chance de participer à cette tâche, de la voir de près, laissez-moi vous dire qu’elle peut vous insuffler de l’énergie et vous inspirer. (…) »

Dans Le Monde du 12/01/2017

La profession de foi d’un élu

« Être chrétien, c’est ne pas s’enfermer dans l’immédiat, dans des lois ou des habitudes. C’est témoigner, par ses choix, de la vérité et de l’équité avec une attention constante aux plus pauvres. Si nous n’avons pas le courage de dénoncer les injustices et nous contentons de faire comme tout le monde, alors nous sommes comme le sel qui se dénature : inodores et sans saveur. Nous ne sommes pas seulement le sel mais « la lumière du monde » nous dit Jésus. Et Isaïe nous éclaire : « Partage ton pain avec celui qui a faim (…) alors ta lumière jaillira comme l’aurore ». La lumière, c’est un comportement qui « parle » de Dieu et de son amour. Ce que nous accomplissons de bien est lumière pour ceux qui le voient. Les belles paroles peuvent tromper, pas les actes. Je n’ai jamais étalé ma foi mais me suis efforcé de la vivre, avec l’aide aussi du MCC : il nous a permis, à ma femme et moi, de partager, entre chrétiens, sur les problèmes rencontrés, à l’appui de l’Évangile.
Sans sel ni lumière, la vie est fade. De même quand il n’y a plus confiance, fraternité, ni projet commun : la vie perd son sens. Vivre ensemble dans une famille, un pays, nécessite une ambition et des projets, comme au sein d’un conseil municipal. C’est à chacun de nous de témoigner de la lumière qui vient de Dieu. Une lumière qui ne se satisfait pas d’arrangements. À quelques semaines des élections, la dimension politique est dénigrée du fait de dérives personnelles. Or la Politique, c’est l’organisation de la vie ensemble. Et tous ceux qui se servent du pouvoir sont les premiers responsables du détournement des objectifs à atteindre. La Bonne Nouvelle, c’est que Dieu a besoin de chacun pour que la vie ensemble soit respectueuse, fraternelle et que les plus faibles aient leur place ».

Jean-Jacques Renaud, maire PS de Serémange-Erzange de 1983 à 2013, a témoigné lors de la journée de la région Alsace-Lorraine-Bourgogne Franche-Comté du 26 mars

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