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Témoignage - Ingénieur et militant, le sens d’une vie professionnelle

L’interview d’Hervé Chabord, ingénieur, militant et membre du MCC

Hervé Chabord est équipier en région Hauts-de-Seine. Avec Véronique, ils ont été responsables de la région et membres du Bureau national. Ils ont fait partie de l’équipe de pilotage du Congrès 2016

Tout au long de sa vie professionnelle, Hervé Chabord s’est investi au service de l’intérêt commun de l’entreprise et des salariés ainsi que d’une meilleure qualité de vie au travail pour tous. Ingénieur et investi dans un syndicat, il a privilégié la recherche de sens dans l’exercice de ses responsabilités. À rapprocher des aspirations nouvelles des digital natives de la génération Y qui favorisent la collaboration et l’efficacité collective ? Il répond aux questions de Responsables.

Responsables. Hervé, tu as décidé de prendre ta retraite il y a un an, au terme d’un parcours professionnel dense et atypique. Peux-tu nous commenter ce parcours ?

Hervé Chabord. Atypique, peut-être un peu, mais j’aimerais qu’il soit moins perçu ainsi à l’avenir. Je m’en expliquerai. J’ai commencé technicien électronicien dans une entreprise de haute technologie, tout en suivant les cours du CNAM pendant dix ans. Puis, devenu ingénieur réseaux, j’ai occupé différents postes techniques et d’expertise. Je n’ai jamais voulu prendre de fonctions de management, peu compatibles avec mes engagements syndicaux.
Au bout d’une quinzaine d’années, on est venu me chercher. Un délégué syndical de la CFE-CGC m’a convaincu de me présenter, d’abord au comité d’entreprise (CE) ; de là j’ai occupé en permanence différentes fonctions de représentant du personnel, sans jamais cesser mes fonctions professionnelles. Cela m’a permis d’acquérir une vision de plus en plus large de l’entreprise et je dois dire que cette dimension de la responsabilité syndicale m’a particulièrement intéressé et motivé, en la mettant au service de l’intérêt commun de l’entreprise et des salariés.

Cette responsabilité a-t-elle été pour toi un moyen de renouveler l’intérêt de ton travail professionnel ?

H. C. Il est certain que j’ai pu enrichir beaucoup ma vie professionnelle grâce à des missions syndicales de plus en plus grandes. Mais je ne l’ai pas fait au détriment de mon métier. Avant de m’engager j’en avais parlé avec ma hiérarchie, qui m’a encouragé. Evidemment je ne savais pas alors où cet engagement allait me conduire, mais c’est pareil dans la plupart des situations professionnelles aujourd’hui. Les plans de carrière bien construits, c’est fini, et je pense que les jeunes doivent avoir aujourd’hui la capacité de saisir des opportunités bien plus que de s’attacher à des parcours prédéfinis.
Pour autant je n’ai jamais voulu abandonner mon métier qui m’a toujours intéressé, pour rester crédible parce que confronté en permanence à la réalité du terrain, être écouté dans mes fonctions syndicales à tous les niveaux de la hiérarchie. J’ai maintenu une double légitimité, syndicale et professionnelle, au prix d’un combat de tous les jours, d’abord avec mon emploi du temps !

Au vu de ce parcours, penses-tu que ton expérience soit aisément transposable ?

H. C. Je suis conscient d’avoir bénéficié d’un contexte favorable dans un Groupe très soucieux du dialogue social, qui n’a en rien pénalisé ma carrière. Ce n’est pas le cas partout et c’est pourquoi il est souvent difficile à des représentants du personnel d’un certain niveau de reprendre pied dans leur métier antérieur après des années de mandats à quasi plein temps. Cette question devrait mobiliser davantage l’attention des DRH.
Pour autant, il y a plein de manières différentes d’exercer une responsabilité syndicale. On pourrait tout à fait admettre, comme aux Pays-Bas par exemple, qu’un mandat de quelques années fasse normalement partie du parcours d’un cadre. Et ainsi cela ne serait pas vécu comme une rupture ou un abandon du métier exercé mais au contraire comme une nouvelle dimension de celui-ci. Je sais qu’on en est encore loin…

Est-ce que le fait d’être au MCC a joué un rôle dans ton parcours ?

H. C. Certainement. Non pas pour l’orientation que j’ai donnée à ma carrière, mais pour l’aide qu’il m’a apporté dans mon désir de réaliser au mieux l’unité au sein de ma vie professionnelle, et aussi avec ma vie familiale. Le MCC m’a donné la pleine justification de mes engagements, et il m’a permis de rester optimiste dans les dossiers difficiles. La recherche d’une relation de confiance en l’autre a été le moteur pour la réussite des négociations que j’ai menées.

Que penses-tu, avec le recul, de la difficulté plus grande aujourd’hui à équilibrer vie professionnelle et vie familiale ou sociale ?

H. C. C’est évidemment un aspect très important de la place prise par le travail aujourd’hui. Cet équilibre est plus que jamais nécessaire et je crois beaucoup à l’utilité des accords d’entreprises qui vont dans ce sens. Mais j’ai constaté aussi le rôle déterminant des patrons, selon qu’ils sont attentifs ou non à cette question dans l’organisation du travail. Mon rôle sur ce sujet a toujours été celui d’un médiateur, intervenant sur des cas de comportements conflictuels avec le poids de la légitimité personnelle et syndicale qui m’était reconnue.

Finalement, vois-tu des points communs entre ton expérience professionnelle et les manières actuelles d’envisager le rapport au travail, de la part des plus jeunes ?

H. C. Ce n’est pas une question facile. J’ai été constamment attentif à trouver et conserver un sens fort à mon activité, et il me semble que beaucoup de jeunes aujourd’hui portent le même souci, mais ne trouvent pas facilement la solution. Ils la cherchent souvent dans la capacité de changer rapidement d’activité, ne serait-ce que par nécessité. Ils relativisent mieux que ma génération la place du travail dans leur vie. Mais cela laisse sans réponse la question du militantisme, autrement dit d’un investissement de soi pour un objectif qui dépasse l’intérêt personnel. Il est en grande perte de vitesse dans l’entreprise, alors qu’il est certainement une des conditions d’une meilleure qualité de vie au travail pour tous. En plus, s’impliquer en « je » peut donner un vrai supplément de sens…

Propos recueillis par Christian Sauret

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