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Tous, responsables de la « maison commune »

Alors que notre pays est en période électorale et que nous avons des choix importants à poser, la lettre encyclique du pape François Laudato si’ (« Loué sois-tu ») abonde de propositions pouvant enrichir notre réflexion et éclairer la participation des catholiques à la vie de la société actuelle. Mgr Luc Crepy explique en quoi le souci de la « maison commune » donne sens à l’engagement dans la vie sociale et politique

Cette encyclique ne traite pas du simple champ de l’écologie, réduite aux questions environnementales, mais de la grande question de la sauvegarde de notre planète dans toutes ses dimensions.

La famille humaine
Le Pape emploie une belle expression pour désigner notre planète, la Terre – cette belle « orange bleue » comme disait Paul Éluard – est notre « maison commune » où chacun et tous doivent pouvoir habiter, où le bonheur de la personne ne se fait pas sans les autres, où la recherche du bien commun concerne, comme le rappelle sans cesse la Doctrine sociale de l’Église, tout homme et tout l’homme…

La maison commune est l’espace nécessaire à chacun pour son développement, et à toute la famille pour y vivre ensemble et heureux… Habiter la terre comme la maison commune, c’est prendre conscience de la difficile articulation entre le singulier et l’universel, parfois si difficile à tenir entre une mondialisation croissante et parfois totalisante, et un individualisme, si ce n’est un communautarisme, revendiquant sa particularité sur le mode de l’exclusion. Ce souci de la maison commune – de la sauvegarde de la maison commune – donne son sens à l’engagement de tant d’hommes et de femmes, de bonne volonté, dans la vie sociale et politique, dans la recherche quotidienne du bien commun tant au niveau local qu’international.

Comme la Doctrine sociale de l’Église le rappelle souvent, la famille humaine, dans sa diversité et ses richesses, ne fait qu’une. Cette seule et même humanité, répartie sur tous les continents, nous rend solidaires et responsables des autres, de l’autre… du plus petit surtout. Peut-être faut-il se rappeler ce qu’évoquent les premières pages de la Bible : qu’as-tu fait de ton frère, Abel ? demande Dieu à Caïn. Et Caïn a cette réponse tragique qui hante l’histoire de l’humanité :
« Suis-je le gardien de mon frère ? » (Gn, 4,9) S’il y a peut-être une chose que la foi chrétienne redit sans cesse à tous, modestement mais sûrement, c’est que l’humanisation et le bonheur des personnes et des sociétés ne se fait « jamais sans l’autre ».

La préoccupation pour les plus pauvres
Si la question de l’écologie est relativement récente, elle n’est cependant pas une question nouvelle dans la pensée de l’Église : la théologie chrétienne réfléchit depuis toujours à la place de l’homme dans la création. La figure si populaire de saint François d’Assise est un rappel constant de la quête nécessaire d’une harmonie avec Dieu, avec les autres et avec la nature :
« En saint François, on voit jusqu’à quel point sont inséparables la préoccupation pour la nature, la justice envers les pauvres, l’engagement pour la société et la paix intérieure » (LS,10).

Aujourd’hui, le pape François parle de « l’écologie intégrale », non plus comme la protection des composantes environnementales de la planète, mais comme une autre manière de parler de la justice et de la paix dans le monde : « Il n’y a pas deux crises séparées, l’une environnementale et l’autre sociale, mais une seule et complexe crise socio-environnementale » (LS,139). Nous ne pouvons « concevoir la nature comme séparée de nous ou comme un simple cadre de notre vie » (LS,139). Et en effet, il existe un lien inséparable entre les questions environnementales et les questions sociales et humaines : « Aujourd’hui l’analyse des problèmes environnementaux est inséparable de l’analyse des contextes humains, familiaux, de travail, urbains, et de la relation de chaque personne avec elle-même » (LS,141).

Élargir notre regard à l’universel
Ces propos plaident pour une pensée qui embrasse la complexité du réel comme un système dans lequel tout se tient. Ils nous invitent à élargir notre regard, au-delà du cadre restreint de notre contexte immédiat et à nous déplacer dans l’espace et dans le temps. Ainsi, sommes-nous invités à ne pas rester centrés sur une vision hexagonale ou occidentale du monde, mais à prendre la mesure de la planète et des menaces qui pèsent sur elle, ici et ailleurs… Nous sommes aussi appelés à ne pas limiter notre regard au temps présent mais à nous sentir responsables des générations futures : « On ne peut plus parler de développement durable sans une solidarité intergénérationnelle » (LS,159). Benoît XVI l’affirmait déjà : « l’urgente nécessité morale d’une solidarité intergénérationnelle renouvelée doit être réaffirmée » (LS,162). Il s’agit bien ici d’une question fondamentale de justice : pour demain, car la terre que nous recevons appartiendra aux générations futures ; mais aussi pour aujourd’hui, pour tous ceux qui demeurent exclus du développement et, en particulier, pour les migrants. La question migratoire porte en elle toutes les autres ; elle touche la planète entière et la manière dont nous l’habitons… la manière dont nous en faisons la maison commune à tous ou une maison inaccessible à certains.

Luc Crepy
Quelle place pour les plus faibles ?

« Aujourd’hui, dans ce monde mondialisé, où les cadres, les frontières et beaucoup de repères semblent ne plus être là, où les identités sont dès lors fragilisées, où l’avenir ne fait pas rêver et est difficile à intégrer positivement dans le cours d’une existence, il n’est pas étonnant que la question du sens nous revienne de plein fouet. Et que la faiblesse du discours et de la réflexion politique apparaisse à découvert. Or, c’est pourtant à ce niveau-là que doit se situer la parole et le projet politique. En fait, pour aller plus loin, la seule question qui mérite d’être posée n’est-elle pas : qu’est-ce qui fait qu’une vie mérite d’être donnée aujourd’hui ? Pour quoi suis-je prêt à donner ma vie aujourd’hui ? La réponse est sans doute très personnelle et intime, mais elle dit quelque chose d’une vie avec les autres et des valeurs qui animent une société. A cet égard, il est toujours bon de regarder la place qu’une société accorde aux plus faibles, aux plus fragiles en son sein, pour savoir si elle est en bonne santé, ce qui la fait tenir dans ses fondements. Ce sont toujours eux en effet qui nous aident à retrouver l’essentiel et le sens de l’homme que toute société doit protéger. »

Dans un monde qui change, retrouver le sens du politique, chapitre VII, Conseil permanent de la Conférence des évêques de France, Bayard

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