
Glénat, 2024
152 pages
lu
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Les travailleurs de la mer
d’après l’œuvre de Victor Hugo
A Guernesey, Gilliatt avait pour logis une maison « visionnée », c’est-à-dire qu’anciennement le diable y venait la nuit. « Mais personne n’ignore que lorsqu’un sorcier s’installe dans un logis hanté, le diable juge le logis suffisamment tenu et fait au sorcier la politesse de ne plus venir… » Ainsi Gilliatt n’était pas aimé dans la paroisse. À 30 ans, il en paraissait 45. Il avait le masque sombre du vent et de la mer. On l’avait surnommé Gilliatt, le malin.
Mess Lethierry, un notable de Saint-Samson à Guernesey, était armateur. À la mort de son frère, il avait accueilli sa nièce Déruchette, qui rayonnait de bonté et de douceur, et qui avait pour toute science la beauté, pour cœur l’ignorance. Son oncle avait osé acheter un bateau à vapeur pour relier Saint-Malo. En 1829, le bateau à vapeur eut pour premier succès d’être baptisé « le bateau du diable ». Mais un soir de tempête, le bateau s’est perdu sur le rocher des Douvres. Pourtant « la mécanique était en vie ». Déruchette promit d’épouser celui qui la rapporterait à son oncle.
Ceux qui ont lu l’œuvre de Victor Hugo connaissent la fin de l’histoire. Ils apprécient le style de l’écrivain, ils aimeront la qualité de l’illustrateur qui a choisi le noir et blanc. Ses traits renforcent les expressions des visages, et déforment les paysages au point qu’on se sent parfois pris par les rochers battus par la tempête. Le dessin suit pas à pas le travail de Gilliatt parti en mer pour tenter l’impossible. On devine ses émotions : celle de risquer sa vie pour sauver la machine ; celle de perdre sa vie par amour de Déruchette…
Les travailleurs de la mer ont aujourd’hui des conditions de travail bien différentes. Mais qu’ils soient marins sur un tanker, manœuvres sur un porte-container ou seuls à faire la course du Vendée Globe, ils se trouvent confrontés à la force des éléments et ramenés à la petitesse de leurs existences. Comme le roman, la bande dessinée se termine d’ailleurs par cette phrase évocatrice de leur destin : « il n’y eut plus rien que la mer. »
Bertrand Hériard, aumônier de secteur à Marseille